FR - EN
Abonnez vous à notre hebdo
 
Des taux japonais pour un dynamisme économique américain... et inversement... Merci la BCE !
Alors que cette semaine n’avait pas forcément apporté son lot de nouvelles, tant les marchés surfent encore sur la vague de liquidités promises pour encore de nombreux mois par les banques centrales, c’est encore une fois la BCE qui est venue nous apporter sur un plateau un sujet de discussion intéressant mais malheureusement presque dramatique.
 
Ainsi, le grand argentier européen, trois mois après avoir fermé sa corne d’abondance d’argent frais mais quelques jours seulement après avoir affirmé qu’elle poursuivrait finalement sa politique accommodante d’autres manières, s’est-il fendu d’une étude vantant les mérites de sa propre politique !
 
Dans le monde réel, lorsque l’on doit faire remarquer à grand frais ce que l’on a produit, c’est qu’au contraire, il ne s’est pas produit grand-chose… Mais le monde réel n’est malheureusement pas le fort des hauts fonctionnaires, qu’ils soient aux manettes des Etats ou de leurs divers véhicules de financement, régulation ou stratégie…
 
Et qu’affirme donc cette étude ? Que la BCE a réussi son quantitative easing car elle a fait chuter le taux d’emprunt des Etats de la Zone Euro.
  • De 100 points de base pour l’Allemagne
  • De 160 points de base pour la France
  • De 205 points de base pour l’Espagne
  • De 225 points de base pour l’Italie
 
Si le principe de la baisse des taux peut difficilement être remis en cause, tant il est évident, on peut toutefois apporter quelques remarques à cette étude à l’utilité relative :
  1. Aux USA, le QE a véritablement relancé la machine économique après la profonde crise de 2008, créant une longue période d’expansion, de croissance et de baisse du chômage, capable de remettre le leader de l’économie mondiale à sa place. Dans l’Eurozone, le QE a seulement permis de baisser les taux des Etats, était-ce vraiment le succès escompté ? Ne parlait-on pas à l’époque d’objectif de croissance, d’inflation et de chômage qui, cinq ans après ont été totalement mis de côté par cette étude sous format d’un communiqué marketing d’un établissement qui pourrait pourtant s’en passer et économiser quelques subsides ?
  2. On peut aussi s’étonner de la précision de l’étude alors même que le QE s’est passé sur cinq ans, traversant diverses crises politiques et troubles financiers que les discours de la BCE semblent toujours plutôt approximatifs en termes de chiffres, que les besoins des Etats ont évolué depuis le lancement du QE, que certains épisodes purement financiers comme la crise de 2016 ont fortement contribué à faire baisser les taux de rendement, que les flux internationaux, non pilotés par la BCE, ont également joué un rôle majeur dans les mouvements sur les dettes d’Etat ? Qu’on donne une estimation de contribution par une proportion du volume acquis par la BCE on peut le comprendre, mais qu’on précise, à 0,05 % près, l’effet d’une politique sans précédent de centaines de milliards d’euros pendant cinq ans sur le taux à dix ans d’un pays comme l’Italie, peut laisser dubitatif pour ne pas dire incrédule… Mais le seul atout des banques centrales est la confiance qu’ils apportent et quoi de mieux qu’un rapport précis au point de base près pour montrer qu’on a toutes les clés de compréhension du mécanisme en main ? Cela ne doit tromper personne…
  3. La BCE concentre son étude sur les taux des Etats, en en faisant un succès à part entière. Mais, si on se replace au début du QE et surtout au début du programme CSPP (achats d’obligations corporates), la mission de la BCE n’était-elle pas beaucoup plus large ? Certes, la première mission était effectivement de sortir l’Eurozone de la crise d’endettement des souverains et d’éviter un éclatement de la Zone Euro. Baisser les taux des Etats comme l’Italie ou l’Espagne était un prérequis car ils étaient dans une situation critique. Mais, c’était normalement seulement pour ensuite passer aux étapes suivantes de relance de l’inflation et de la croissance… Baisser les taux des Etats finalement n’apporte rien si les vannes du crédit restent fermées pour le reste des agents économiques ou si ceux qui peuvent en profiter n’en font rien.
  4. La BCE considère comme un succès d’avoir baissé le taux de l’Allemagne de 100 points de base. En quoi avoir permis à un pays de la Zone de tirer l’essentiel des bénéfices d’une politique monétaire au détriment des autres est-il un succès ? Sans tomber dans le complotisme, il est facile de constater que l’Allemagne, par son statut de pays refuge en début de crise entre 2011 et 2012 et par des bases économiques plus favorables, a pu accentuer largement son écart avec les autres pays. Ainsi, avec la même devise, l’Euro, nos amis germaniques se retrouvent avec des taux japonais et une économie américaine tandis que les Italiens sont exactement dans la situation inverse avec des taux américains (le 10 ans des deux pays évolue autour de 2,5%) et une économie japonaise sans croissance et sans inflation… Outre l’aspect purement économique, n’oublions pas que ces disparités grandissantes pour les populations, qui évoluent bien loin des petits succès purement théoriques et financiers de la BCE, sont capables de poser les bases de prochaines crises bien plus compliquées à gérer que celles de taux trop élevés qu’il faut faire chuter : crises sociales, crises politiques, dissensions voire fractionnement de la Zone Euro.
  5. Certes la BCE a rendu le financement gratuit mais dans quel but ? Si nous disons demain à une plante qu’elle peut emprunter de l’argent à taux zéro, elle n’en fera rien du tout… La BCE a inondé le marché de liquidités mais seule une petite fraction des acteurs économiques en a profité :
    1. Les Etats en premier lieu qui ont pu continuer leur gabegie budgétaire en toute impunité, oubliant que la dette, même souveraine et même si elle ne coûte rien, ne peut voir son stock augmenter indéfiniment… La France a ainsi vu son endettement relatif à son PIB augmenter de 40% depuis 2008…
    2. Les entreprises et foyers pour qui les liquidités étaient déjà facilement accessibles et qui avaient déjà l’essentiel. Cela a permis de faire grimper à des niveaux historiques l’ensemble des biens non productifs tels que l’immobilier, les œuvres d’art ou les véhicules de collection mais aussi les rachats d’actions.
    3. Les banques et autres intermédiaires financiers qui ont vu des mannes de liquidités non investies dans l’économie réelle venir se stocker dans leurs établissements au travers de fonds monétaires, dépôts à terme, contrats d’assurance vie et autres véhicules se créant au fil des liquidités abondantes
 
En conclusion, si l’objectif de la BCE était de sauver l’Euro à tout prix le temps du mandat de Monsieur Draghi le résultat est atteint. Si l’objectif de la BCE était de préserver une zone homogène à long terme et de lui donner les clés d’une relance économique pour rester dans la course mondiale, cet objectif est manqué, comme le montrent l’ensemble des autres études économiques, moins partiales, sur l’état économique relatif de la Zone Euro face aux USA, à la Chine, aux pays nordiques ou même au Royaume-Uni…
En dehors de ces études académiques, les successeurs de Monsieur Draghi commencent d’ailleurs à parler de divers moyens de prolongation du QE, ce qui signifierait bel et bien qu’il a plutôt, pour le moment, échoué, et qu’il est indispensable de continuer la perfusion pour la Zone Euro… Surtout quand on voit que les USA, qui ont déjà un cycle d’avance, proposent eux aussi de revenir progressivement vers une politique accommodante… Pour la partie financière, la fête n’est donc pas finie, et bien que ce ne soit pas sans à-coups et volatilité, on peut rester relativement serein sur les actifs obligataires dont le refinancement sera assuré et le risque de krach quasiment nul.


INFORMATIONS RÉGLEMENTAIRES


Avant d’accéder à ces pages, merci de bien vouloir prendre connaissance des informations réglementaires suivantes.

Cette page internet du site est destinée aux résidents français. Les personnes soumises à des restrictions interdisant l'accès aux produits ou services présentés, tels que les ressortissants des Etats-Unis ne sont pas autorisées à y accéder. Il appartient à l’investisseur de s’assurer qu’il est juridiquement autorisé à se connecter à ces pages et à utiliser et consulter les informations et services présentés sur le site au regard des lois en vigueur dans son pays.

Ce site Internet a été réalisé dans un but d’information uniquement et ne constitue ni une offre, ni une recommandation personnalisée, ni une sollicitation en vue de la souscription des produits ou services présentés. L’investisseur est seul juge du caractère approprié des opérations qu’il pourra être amené à conclure. OCTO Asset Management ne saurait être tenu pour responsable d’une décision d’investissement ou de désinvestissement prise sur la base des informations contenues sur ce site. Les informations, services et produits présentés sont susceptibles de modification sans avis préalable.

La souscription dans des parts ou actions d’OPCVM peut présenter des risques. La valeur liquidative des OPCVM peut varier à la hausse comme à la baisse selon les fluctuations des marchés et l’investisseur peut ne pas récupérer le capital investi. Aussi, avant toute transaction, l’investisseur doit :

- prendre connaissance du document d'informations clés pour l'investisseur et du prospectus de chaque OPCVM, et comprendre la nature des supports choisis, leurs caractéristiques et leurs risques

- s’assurer que les supports choisis correspondent à sa situation financière, à ses objectifs d’investissement et aux risques qu’il est prêt à accepter.

Il est rappelé que les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les performances passées ne doivent donc pas être l’élément central de la décision d’investissement du souscripteur : les autres éléments figurant sur les fiches reporting associées à chaque OPCVM doivent être pris en considération. Le document d'informations clés pour l'investisseur et le prospectus des OPCVM présentés est disponible auprès d’OCTO Asset Management sur simple demande ou sur ce site Internet.

Enfin, le traitement fiscal lié à l’investissement en parts ou actions d’OPCVM dépend de la situation de chaque investisseur. Il est donc recommandé de consulter son conseiller fiscal.