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Après les hologrammes en politique, la réalité virtuelle fait son entrée dans la finance...
Alors que les opérateurs financiers traditionnels, échaudés par l’accès de volatilité de novembre, préfèrent, semble-t-il, attendre patiemment la fin d’année en sécurisant leurs performances, d’autres « investisseurs » hyperactifs s’enflamment sur le nouvel actif virtuel dont il devient difficile de ne pas avoir entendu parler : le bitcoin. Cette semaine encore il dépassait de nouveaux sommets, s’octroyant une « performance » de près de 1000% sur 2017…
Outre le fait qu’on puisse s’étonner de la combinaison entre l’anarchisme déclaré des promoteurs originels du bitcoin et le capitalisme affirmé des nouveaux entrants comme les banques d’investissement, l’ampleur du phénomène qui atteint les banques d’investissements et les marchés dérivés mérite d’y prêter attention et de se faire une opinion. Loin de nous l’idée de porter un jugement définitif sur un sujet aussi rapidement évolutif que celui-ci mais nous prendrons un moment pour simplement tenter de comprendre les risques et les intérêts potentiels.
Afin de savoir à quels bénéfices sont associés quels risques, il convient de déterminer ce qu’est le bitcoin car on voit souvent des comparatifs qui peuvent n’avoir que peu de sens. Les options sont au nombre de trois : 1/ le bitcoin est comparable à une entreprise privée ou à un service public 2/ le bitcoin est comparable à une monnaie, 3/ il est un actif virtuel sans rendement (comme l’or ou le diamant).
Balayons tout d’abord le fait que le bitcoin soit comparable à une entreprise puisqu’il n’en a aucune des caractétistiques. Il n’y a ni actionnaires capables de voter pour donner une orientation stratégique, ni dirigeants, ni publications, ni chiffre d’affaires, ni bénéfice. Nous balayerons donc tous les comparatifs de la valorisation du bitcoin avec les capitalisations d’entreprises aussi importantes ou historiques soient-elles. Si le bitcoin devait se rapprocher d’une entreprise elle serait d’ailleurs plutôt publique, c’est-à-dire au service de la collectivité (celle de ses utilisateurs réels ou potentiels, difficile à déterminer), sans actionnaire au sens juridique du terme et sans finalité de résultat financier. Une communauté, les mineurs, est indemnisée pour servir la collectivité et rendre un service public pour tous ceux qui ont besoin de l’utiliser. Le principe pourrait être acceptable si le prix du bitcoin avait été défini dès le départ et ne bougeait jamais, évitant ainsi la spéculation et le rendant accessible à tous. Si on peut spéculer sur un service, c’est qu’il n’entre plus dans la sphère de l’intérêt public. Le bitcoin n’est donc pas non plus un service public.
Si le bitcoin est une monnaie, elle a trois fonctions : elle sert d’intermédiaire dans les échanges, de réserve de valeur, et d’unité de compte économique. A priori, le bitcoin peut répondre à ces trois notions : on peut acquérir des biens avec, économiser des bitcoins grâce à un portefeuille de bitcoins ou des plateformes spécialisées, et le comparer à d’autres unités de compte. Cependant, quelques écueils viennent immédiatement à l’esprit.
Notons tout d’abord que si l’on parle d’une monnaie comme l’Euro, le dollar ou tout autre monnaie, elle est systématiquement liée un référentiel géographique, juridique, et réglementaire, ce qui permet à tous les acteurs d’une même entité d’avoir la même unité de compte, de valeur ou d’échange. Ici, quand on parle du bitcoin, son référentiel est une communauté mouvante et dont les membres appartiennent tous à des référentiels physiques différents, et donc soumis au final à des règles et à des juridictions différentes.
Difficile donc de créer un référentiel juridique homogène avec des participants qui peuvent chacun se réclamer d’un droit ou d’un autre. Si on achète de l’Euro, on sait exactement d’où vient la monnaie, où elle a été ‘frappée’ et où on pourra la dépenser sans avoir à l’échanger avant de l’utiliser. Pour le bitcoin, on ne peut pas savoir où il sera possible de l’utiliser ou de la conserver sans avoir à l’échanger en cas de problème. Bien sûr, cela peut être vu comme un avantage par ses défenseurs, arguant que le bitcoin est international et peut être échangé partout ; mais tant qu’une monnaie doit être échangée pour être utilisée, c’est moins une monnaie qu’un actif. Or, pour le moment, sur la masse des commerces en activité, seule une micro-poignée accepte les bitcoins. Tant qu’il faudra échanger son bitcoin pour vivre dans le monde réel, le bitcoin ne sera donc qu’un actif virtuel sans rendement, un or virtuel en quelque sorte, l’or étant lui-même devenu un actif en ayant perdu aujourd’hui son statut de monnaie (bien qu’on puisse défendre cette position, difficile d’acquérir une voiture ou un appartement en lingots sans passer par la case « banque »).
Le deuxième argument est que le propre de la stabilité et de la force d’une monnaie par rapport aux autres est la solidité de son émetteur, en l’occurrence une banque centrale appartenant, là encore, à une zone géographique donnée. Le bitcoin casse ce code en créant une banque centrale mouvante et non affiliée à un pays ou à une zone. Sa fiabilité repose donc sur la solidité du code informatique, la fiabilité des mineurs (ceux qui génèrent les codes de chaque échange de bitcoin), la fiabilité des plateformes. Le problème est que la totalité de la monnaie repose sur ses utilisateurs et non sur un organe central et une puissance économique quantifiable et stable. On décèle clairement ici l’origine anarchiste du bitcoin, mais si on compare aux monnaies physiques, on pourrait comparer les mineurs à la banque centrale, les plateformes aux banques, le code informatique à la puissance du pays.
Et la faille d’un tel système est majeure car en fait de décentralisation, le système du bitcoin est ultra centralisé. Si le code informatique originel a été imaginé par une personne, il peut être détourné par une autre personne… Tandis que pour un pays donné frappant une monnaie dotée d’une valeur à peu près équivalente à sa puissance, il serait quasi impossible à une personne de pirater l’ensemble de cette richesse et de cette puissance : comment pirater par exemple  la capacité à lever l’impôt des concitoyens et entreprises d’un pays comme la France ?
Deuxièmement, si une seule plateforme est piratée, cela signifie que le système tout entier peut être attaqué, ce qui fragilise inévitablement l’ensemble de la monnaie. On avait eu l’exemple lors du piratage de la plateforme MTGox en 2014 qui avait créé une panique sur le bitcoin. A l’époque 744 000 bitcoins avaient pu être piratés (ils vaudraient aujourd’hui 7.4 milliards d’euros !) A l’inverse, un piratage massif d’une banque européenne ferait chuter son action et sa base de clientèle mais très difficilement l’Euro tout entier.
Enfin, peut-on sereinement confier les rênes de sa monnaie d’échange à une poignée d’informaticiens sans aucune régulation, potentiellement logés dans des pays aux antagonismes forts vis-à-vis de notre propre devise physique d’échange et dont les motivations finales peuvent être de favoriser l’instabilité politique dans une zone donnée, plutôt qu’à un organisme contrôlé et dont la mission est de favoriser la stabilité de la zone de laquelle il est issu ? D’un point de vue politique et éthique, la question mérite simplement d’être posée et de trouver pour chacun une réponse.
En conclusion, on peut voir deux différences majeures entre le bitcoin, tel qu’il est actuellement (ce qui pourrait changer, nous l’admettons) et une monnaie:
1/ le manque de visibilité de la communauté sur laquelle il repose, ce qui rend difficile la détermination de sa valeur. S’il était déterminé par exemple qu’une majorité de flux passe par la Corée du Nord, il est probable que le cours du bitcoin s’effondrerait. Au contraire, on sait que les monnaies physiques reposent sur la puissance des Etats souverains qui les émettent. Lorsqu’une zone est forte, stable et riche sa monnaie a une valeur importante, lorsque la même zone perd sa richesse ou sa stabilité (politique par exemple), sa monnaie se déprécie. Pour le bitcoin aujourd’hui, sa valeur est plutôt déterminée par l’imagination des opérateurs, étant impossible de connaître précisément la solidité, la fiabilité et la puissance économique des différentes parties prenantes. Si la BCE peut émettre autant d’euros sans créer de défiance vis-à-vis de la zone Euro, c’est uniquement parce que la confiance repose sur la puissance de la Zone Euro et non sur les morceaux de papier en tant que tels. On ne doit pas croire au bitcoin en tant que tel mais croire dans la puissance économique et politique de sa communauté.
2/ Pour le moment, le bitcoin est l’inverse de l’or. L’or était une unité monétaire qui est devenue un actif sans rendement. Le bitcoin est pour le moment un actif sans rendement qui pourrait devenir une monnaie si on n’avait plus besoin de l’échanger pour l’essentiel de ses usages : consommation, épargne, comptabilité,… L’opération semble difficile car chaque personne ou chaque entreprise ne peut pas seulement exister dans le monde virtuel et déclarer ses impôts ou ses chiffres uniquement dans l’univers virtuel. Il faudra bien, quel que soit l’unité transactionnelle, convertir, pour une entreprise française par exemple, ses chiffres dans la monnaie locale physique. A moins de supprimer totalement la notion de pays physique pour créer des pays virtuels auquel chacun s’afilierait, il est difficile de concevoir le bitcoin comme une monnaie vu qu’il faudra toujours la convertir. Le bitcoin serait donc pour le moment une sorte d’actif sans rendement virtuel, comme un or virtuel. Avec le risque que les pays réels, dans lesquels les humains vivent pour le moment encore (tant qu’on ne créera pas des âmes désincarnées…), interdisent du jour au lendemain sa conversion, ce qui rendrait le bitcoin aussi inutile et sans valeur que des points de fidélité d’une enseigne qui aurait fait faillite… Certains se souviendront peut être de Second Life, le jeu en ligne créé en 2003 qui permettait à des particuliers ou à des entreprises d’avoir une seconde vie virtuelle et une monnaie virtuelle convertible elle aussi en dollars sur le « lindex », marché virtuel des « Linden Dollars ». Le jeu occupait les gros titres il y a quinze ans et on disait que certaines entreprises abandonneraient leur existence physique pour se concentrer sur une existence virtuelle… Le bitcoin pourrait en être sa monnaie officielle.
 
Matthieu Bailly, Octo AM


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