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Annonce de ‘tapering' ou pas, le QE européen durera encore des années...

Doit-on vraiment encore le préciser, c’est une fois de plus la BCE qui a conduit les marchés de crédit européens cette semaine, comme les indices actions d’ailleurs, en laissant « fuiter » une « information » sur la suite de son assouplissement quantitatif. Beaucoup de guillemets car si les agences de presse en ont fait leur une en début de semaine, il s’agit seulement d’une ‘fuite’ d’un membre de l’institution… qui a pourtant provoqué une remontée significative des obligations d’Etats, le bund repassant en territoire positif et les indices obligataires investment grade terminant la semaine entre -0.40% pour l’Iboxx corporates et -1.04% pour l’Iboxx souverain. Côté crédit, on a pu en parallèle observer une contraction des spreads, les investisseurs étant avides de tout ce qui peut offrir un soupçon de rendement supplémentaire.

La BCE réfléchirait donc à réduire le rythme de son programme de rachat d’actifs d’ici à mars 2017 afin de préparer les marchés et éviter un choc obligataire violent, en réduisant de 10 milliards d’euros par mois ses acquisitions, passant ainsi de 80 à 70 pour les mois à venir…

Voyant ce type de chiffres circuler, à peine quelques mois après avoir entamé une accentuation du QE (le programme CSPP qui inclut les corporates), on pourrait avoir l’impression que la BCE mène son programme avec une grande précision, pilotant les dizaines de milliards à l’unité près et sachant exactement ce qui pourrait stimuler la croissance et/ou l’inflation européenne et ce qui pourrait l’entraver… La BCE penserait donc que l’heure est venue pour l’Eurozone d’être sevrée, tant ses réformes ont été effectuées, tant son économie s’est ressaisie, tant son inflation (le graal de nos banques centrales contemporaines) s’est stabilisée autour de 2%, tant le chômage a chuté, tant les déséquilibres intrazone se sont résorbés…  Espérons que cela ne soient pas les raisons qui aient poussé le dernier pompier de l’Eurozone a laissé fuiter la fameuse information car cela signifierait simplement que les membres de la BCE  sont totalement en dehors de la réalité et qu’ils ne pilotent pas nos milliards avec la dextérité d’un magicien mais avec l’acuité visuelle d’un aveugle…

Deux autres raisons peuvent alors venir à l’esprit :

1/ Il s’agit d’un test : en bon stratège, Monsieur Draghi souhaite, bien en amont, tester les implications de toutes ses actions ou orientations, notant ensuite les effets sur les marchés et calibrant ses discours et ses actions à l’aune de chaque poisson-pilote envoyé. Si cette raison peut être tentante et pourrait bien correspondre au personnage, elle reste selon nous un peu trop idéaliste… La BCE n’a malheureusement ni le temps ni la latitude pour se permettre ce genre de loisir et chaque faux pas peut entraîner l’Europe dans le scenario japonais.

2/ Il s’agit d’une opération volontaire de spéculation. N’ayant plus beaucoup de cartes en main, le gisement se tarissant de jour en jour, les taux chutant dans des abysses négatives en dehors des limites rédigées dans son règlement (rappelons ici que la BCE ne peut acquérir de titres dont le taux se situe en deçà des -0.40%), la BCE s’autorise une légère manipulation de cours, formellement interdite pour les opérateurs, mais évidemment autorisée pour les gouvernants, voire conseillée !! Annonçant, bien sûr de manière non officielle, un tapering, Monsieur Draghi a ainsi permis à plusieurs dizaines de milliards de titres de redevenir éligibles, ce qui, on imagine, lui facilitera un peu la tâche, certes ardue, d’ici mars 2017, date de fin prévue du QE…

3/ La BCE est convaincue d’avoir terminé son action et  met ainsi la pression aux gouvernements pour qu’ils prennent le relais. Plusieurs fois, la BCE a affirmé que sans réformes structurelles de la part des pays de l’Eurozone, tant au niveau économique, budgétaire, social, fiscal, aucun de ses programmes d’assouplissement pourtant massifs ne serviraient à rien… Voyant mars 2017 et la fin du CSPP s’approcher, voyant également que seulement très peu de réformes ont vu le jour, Monsieur Draghi s’autorise, de manière non officielle, à prévenir ses ‘chers’ collègues gouvernants locaux qu’il les a déjà bien aidés (leur offrant un financement à taux négatif pour la plupart et donc quelques années de répit pour mettre en place quelques réformes) et qu’il est désormais temps de passer à l’action.

‘Passer à l’action’, un terme utilisé d’ailleurs cette semaine par Madame Lagarde, présidente du FMI, qui presse les gouvernements à profiter du coût de financement quasi gratuit pour investir, agir, se développer, contribuer, et tenter de sauver une croissance mondiale qui ne cesse de chuter.

Entre les pays sans gouvernements ou en pleine crise politique (Italie, Espagne), ceux à qui les mêmes interdisent d’emprunter et de dépenser pour investir (Grèce, Portugal), ceux dont les gouvernements sont sur la sellette et pourraient ne plus être aux manettes d’ici quelques mois (France, Allemagne), peu de chance au final que cette phrase ait beaucoup d’écho en Europe…

En conclusion, ne pensons surtout pas que la phrase de la BCE sur un éventuel tapering mérite d’être prise au sérieux… Plus son programme est inutile, ses résultats médiocres, ses effets dangereux et incontrôlables autant pour la finance que pour l’économie, plus la BCE devra s’enferrer dans un quantitative easing de plus en plus puissant, de plus en plus long, de plus en plus large en terme d’actifs éligibles pour éviter à l’Europe de connaître une crise sans précédent. Si le Japon peut être l’exemple à observer pour connaître la situation de l’Europe dans une dizaine d’année (rappelons ici que la Banque du Japon en est à acquérir des actions japonaises et semble être le dernier samouraï à le faire !), nous y ajouterons quelques difficultés supplémentaires qui pourraient bien faire de nous ‘la’ zone à éviter pour les investisseurs internationaux d’ici une décennie : fractures croissantes entre les pays, instabilité politique, dépendance vis-à-vis de capitaux étrangers, délitement de la cohésion sociale, absence de volonté politique forte (due à l’absence d’un gouvernement central), manque de compétitivité dans l’univers concurrentiel mondial, ne sont quelques-uns des facteurs qui contribueront probablement à faire de l’Europe un exemple unique de « crise nippo-grecque » : des années de lutte contre la déflation, de perte de compétitivité, de chute d’attractivité, ponctuées de pics de panique et de crises financières, économiques, sociales et politiques violentes.

Matthieu Bailly, Octo AM


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